Quand le studio MATHEMATIC nous a proposé de fabriquer un arbre constitué uniquement d’écrans LED flexibles pour célébrer ses 20 ans, nous n’avons pas hésité longtemps. Un peu plus d’un mois plus tard, l’objet trônait au cœur de la Halle Tropisme à Montpellier, dans le cadre du festival Hyperactive. Récit d’un projet que, à ma connaissance, personne n’avait encore réalisé en France ni en Europe.
Une intention artistique brute, un défi technique total
Au départ, il y avait un rendu 3D. MATHEMATIC, studio de motion design et VFX que l’on retrouve derrière des projets aussi marquants que les clips de Justice, certains plans d’Assassin’s Creed ou la direction visuelle de The Whale, voulait fêter ses 20 ans avec une pièce centrale forte : un arbre, immense, dont chaque branche serait un écran. Pas une projection, pas une simulation. Un arbre physique, dont la matière même est lumière.
Leur première maquette 3D assumait un design très brut, presque grossier. Mon premier travail a été simple à formuler, beaucoup moins à exécuter : leur expliquer les contraintes techniques réelles d’un matériel vidéo de cette nature, puis les aider à faire évoluer le concept artistique pour qu’il devienne réalisable — sans rien sacrifier de l’intention.
Très vite, un constat s’impose : une structure traditionnelle en truss ne suffira pas. Les courbes organiques, l’angle variable de chaque branche, la nécessité de « faire flotter » certains éléments dans le vide… aucune solution standard du marché ne tient la route.
La solution : un accastillage sur mesure, pensé degré par degré
Le bureau d’études d’Elecom — une seule personne sur ce dossier, je tiens à le souligner — a conçu un système hybride : un cœur en truss classique pour la structure principale, et tout autour, une multitude de pièces en acier sur mesure pour porter les cabinets LED.
Le cœur de l’invention, c’est un rail capable d’accueillir chaque cabinet à l’angle voulu, avec une tolérance maximale de 45° par rapport à l’axe central. Chaque pièce de fixation vient se « poinçonner » sur ce rail, ce qui garantit deux choses : que l’angle reste exactement celui dessiné par MATHEMATIC, et que les dalles supérieures ne fassent pas peser leur masse sur celles du dessous. C’est ce qui permet à l’arbre de tenir.
Côté matériel, nous avons retenu des dalles flex Dicolor LED en pitch 1,9 mm, pour conserver une image fine à courte distance — l’œuvre étant pensée pour être contournée par le public. Au total, 88 cabinets LED, contrôlés par un système NovaStar VX1000 (main + backup). Le son a été intégré directement dans l’arbre, complété par des caissons de basse déportés aux angles de la pièce pour envelopper le visiteur sans casser la verticalité de l’objet.

Du prototype atelier au montage à blanc complet
Comme à chaque fois sur ce type de projet hors-cadre, nous avons commencé petit. Une seule branche, montée en atelier, pour valider le principe du rail, l’angle réel sous charge, le comportement des dalles flex en courbure et le câblage. Cette étape — souvent négligée dans notre métier — est précisément celle qui nous a évité les mauvaises surprises sur place.
Une fois la branche validée, nous avons conçu et fabriqué la totalité de la structure, puis réalisé un montage à blanc complet dans nos locaux. Voir l’arbre prendre forme entièrement, en interne, avant même de partir à Montpellier : c’est la condition pour qu’un projet de ce niveau de complexité tienne ses délais.
La principale difficulté en montage final, à la Halle Tropisme, n’aura finalement pas été la structure principale, mais les branches intérieures de l’arbre. Suspendues dans le vide, maintenues uniquement par des bras en acier et des fils tendus, elles imposaient un travail de fixation des dalles et de câblage en hauteur, particulièrement minutieux. Toute l’installation — structure, vidéo et son — a été réalisée par nos techniciens, sur site.

Le résultat : la pièce centrale d’une exposition de 250 m²
L’arbre LED est aujourd’hui visible du 6 au 24 mai 2026 à la Halle Tropisme (Montpellier), dans le cadre du festival Hyperactive et de l’exposition MATHEMATIC : 20 ans de création visuelle. Il sert de pièce centrale à une installation immersive d’environ 250 m², articulée autour d’un programme vidéo de 7 minutes en trois chapitres, écrit et produit par les équipes de MATHEMATIC. Crédit contenu : MATHEMATIC.
Pour nous, c’est un projet qui condense tout ce que nous aimons chez Elecom : une intention artistique forte, un cahier des charges qui n’existe pas encore, un bureau d’études en mode « résolution de problèmes », des techniciens capables de fiabiliser en atelier ce qu’aucun catalogue ne propose, et un client prêt à faire confiance.

Ce que ce projet nous a appris
Je ne peux pas affirmer à 100 % que personne, ailleurs en France ou en Europe, n’a déjà construit un arbre intégralement en LED flex. Mais à ce jour, je n’ai vu aucun prestataire technique sortir un projet comparable. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que nous avons aujourd’hui le savoir-faire pour reproduire ce principe sur n’importe quelle forme — dans les limites physiques du matériel.
Si vous portez, vous aussi, un projet scénographique que personne n’a su vous chiffrer, ou qu’on vous a dit « infaisable », parlons-en. C’est précisément ce genre de défi qui nous fait avancer.
